Stratégie

Patrick Pouyanné dit ne pas être « très à l'aise » avec les cloud américains

Patrick Pouyanné dit ne pas être « très à l'aise » avec les cloud américains
Patrick Pouyanné, PDG de TotalEnergies, ici lors du sommet pour l’action sur l’IA à Paris. Le dirigeant dit son malaise face à des options cloud uniquement américaines. (Photo : D.R.)

Sur la scène du Forum InCyber, le patron d'une entreprise du CAC 40 a exprimé sa gêne face à sa dépendance aux technologies américaines et le besoin de se doter d'un cloud européen. Le marqueur d'un changement d'époque.

PublicitéSi un indice montre bien la montée des inquiétudes concernant les impacts de la géopolitique sur les choix numériques des entreprises françaises et européennes, c'est celui-là. Mercredi, lors du Forum InCyber, le PDG d'un groupe du CAC 40, en l'occurrence Patrick Pouyanné de TotalEnergies, s'est officiellement ému de la dépendance de son entreprise à la technologie américaine. « Quand je dois faire des choix de cloud et que j'ai le choix entre Amazon, Microsoft ou Google, je ne suis pas très à l'aise », a expliqué le dirigeant, lors de la première journée du Forum InCyber, événement dédié à la cybersécurité qui se tenait cette semaine à Lille.

Et si le géant de l'énergie est gêné aux entournures, ce n'est pas en raison de risques théoriques ou fantasmés, mais bien de questions concrètes liées à la sécurisation d'investissements importants. « Il se trouve que l'on dépense chaque année à peu près un milliard de dollars pour acheter des données sismiques et de géophysiques à travers le monde (...) Il était hors de question que je mette ces données dans un cloud américain », a souligné Patrick Pouyanné. Avant de lancer : « La guerre économique existe ! ».

Un cloud européen passe par une régulation unique

De ce fait, la multinationale a fait le choix d'un cloud hybride, au sein duquel des environnements restent entièrement maîtrisés par la DSI du groupe (environ 2200 personnes et 1,4 Md€ de budget). À ce sujet, le PDG de TotalEnergies a regretté l'absence de « champion européen » du cloud. « Pour un cloud européen, il y a une seule solution, c'est qu'il y ait une vraie Union européenne du numérique, et ça passe par une mesure simple, un seul régulateur européen sur les Vingt-Sept », a plaidé le patron. En la matière, l'Union reste divisée, la France défendant son approche très sécuritaire, basée sur l'immunité au droit extracommunautaire (SecNumCloud), tandis que de nombreux autres pays, pour différentes raisons (présence des hyperscalers sur leur sol, dépendance à la défense américaine, volonté de préserver leurs exportations outre-Atlantique), militaient jusqu'à récemment pour une politique moins contraignante. Il est encore trop tôt pour dire si la nouvelle politique américaine va bouleverser ces équilibres, même si la France, par la voix de la ministre déléguée à l'IA et au Numérique Clara Chappaz, ne cache pas fonder quelques espoirs en la matière.

Les déclarations de Patrick Pouyanné lors de l'événement lillois marquent un changement de ton par rapport à la politique qu'affichait TotalEnergies en 2021, structurée par des accords stratégiques avec Amazon et Microsoft. Des contrats basés sur un échange de bons procédés, le groupe français s'engageant alors sur la fourniture d'énergie renouvelable, contre la bascule de ses environnements IT sur les clouds des deux hyperscalers. L'objectif affiché alors était de transférer 70 % du parc applicatif auprès de ces deux hyperscalers.

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