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Ludovic Sénécaut, Euler Hermes : « L'informatique était un bastion, il faut l'emmener hors de ses murs »

Ludovic Sénécaut, Euler Hermes : « L'informatique était un bastion, il faut l'emmener hors de ses murs »
Ludovic Sénécaut, un X-Pont qui sait diriger le business et l'IT d'Euler Hermes.
Retrouvez cet article dans le CIO FOCUS n°148 !
Maîtriser les coûts et optimiser les niveaux de services à l'heure du cloud

Maîtriser les coûts et optimiser les niveaux de services à l'heure du cloud

Alors que de plus en plus de grandes entreprises basculent vers le cloud public, en tout ou partie, arrive un nouveau profil de collaborateur dans la DSI : le FinOps. Celui-ci a pour rôle unique d'optimiser l'architecture et l'emploi des ressources afin de fournir le meilleur compromis entre les...

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Ludovic Sénécaut, membre du directoire et directeur des Opérations du Groupe Euler Hermes gère l'IT en direct, malgré un profil très international et business. Pour lui, la transformation digitale est inséparable des grandes évolutions informatiques, en particulier le Big data analytics et les architectures ouvertes.

PublicitéCIO : Quelle est la place du digital dans votre développement ?

Ludovic Sénécaut « Notre secteur a été touché par le digital après le BtoC, mais c'est devenu une réalité du monde BtoB. Il faut repenser la façon dont le système d'information s'adapte. Sommes-nous correctement équipés pour répondre aux attentes des clients actuels ? Ils veulent une qualité de services qui soit de même niveau que pour leurs applications personnelles. Le digital présente ainsi à la fois une formidable remise en cause et une libération des opportunités, au moins partiellement, et des menaces.
Depuis deux ans et demi, nous participons à cette remise en cause, en particulier avec notre digital agency.  Elle est centrée sur la surveillance du marché et sur les modèles applicatifs que nous pouvons envisager. Les idées qui émergent font potentiellement concurrence à notre métier d'assureur-crédit, qui repose sur l'analyse de la santé financière des entreprises. On n'imagine pas forcément un nouvel assureur crédit surgir, mais quelqu'un développer une activité proche de la nôtre, ce qui aurait alors un impact sur nous.

CIO : Quel est le rôle de cette digital agency ?

Ludovic Sénécaut: Elle doit sélectionner des idées, les tester, les éprouver et enfin, les mener à bien. Cette démarche passe soit par des transferts technologiques en interne vers le business, soit par un partenariat avec une entreprise extérieure. Nous avons un accord avec un fonds de private equity qui peut investir dans des start-ups susceptibles de travailler sur nos prochaines applications.
Pour ces projets, nous avons développé des compétences en Big data analytics. Dans notre métier, qui consiste à suivre et analyser  la santé financière des entreprises, on a l'habitude de gérer la donnée. C'est notre terrain de jeu naturel : nos données alimentent nos interactions quotidiennes avec nos clients depuis des dizaines d'années. Le Big data anlytics va nous permettre d'améliorer la pertinence de nos interactions avec nos clients et nos futurs clients, mais également accroître la finesse de nos analyses sur le risque de paiement des entreprises en France et dans le monde. Bien sûr, le développement de ces compétences nouvelles s'est accompagné de changements dans notre paysage informatique.

CIO : Justement, quelles sont les grandes évolutions informatiques d'Euler Hermes ?

Ludovic Sénécaut : Nous avons engagé quatre grandes évolutions. D'abord, l'ouverture de notre architecture informatique vers l'extérieur. On passe d'une forteresse informatique et protégée, à une structure ouverte vers l'extérieur, en particulier avec notre politique d'APIs. Ensuite,  la clé c'est la fluidité de l'information et de la donnée. Sans elle, on est dans l'incapacité de faire du digital. Euler Hermes s'étant développée par croissance externe à travers le monde entre 1993 et 2003, l'entreprise s'est retrouvée avec plusieurs systèmes d'information, provenant d'entreprises déjà bien implantées et situés dans des pays différents. Or, nous avons besoin de fluidité de l'information, notamment concernant les données client et les sinistres. Il nous a donc fallu construire des autoroutes internes pour fluidifier la circulation des données.
Le troisième point porte sur une refonte de nos portails, de manière à enrichir l'expérience utilisateurs de nos clients. 80% des échanges avec nos clients se réalisent à travers notre portail. Son design est assez daté et la mise en place d'une meilleure circulation des données nous permet désormais d'offrir de nouveaux services, comme une vue 360° de notre relation client. Nous avons donc entamé la refonte de nos portails.
Quatrième sujet, la stratégie cloud. Nous avons fait le choix d'Amazon Web Services pour nos outils de Big data analytics et on bascule vers Adobe, avec tout le groupe Allianz, pour les portails. Quant aux bases de données, on fait un pilote avec Hadoop, nous aurons la réponse en fin d'année, avant une migration dans le cloud.

PublicitéCIO : Comment répondre aux demandes internes des salariés ?

Ludovic Sénécaut : Les commerciaux sont équipés d'un iPad depuis quatre à cinq ans, pour montrer quotidiennement aux clients la connaissance qu'on a sur les entreprises. L'étape suivante sera de conclure la vente de nos produits directement sur une tablette. On étudie aussi des outils de collaboration pour faciliter les échanges autour d'une idée ou dans le cadre d'un projet. On teste plusieurs solutions, comme Slack et Teams de Microsoft.
L'équipement est une chose, mais nous sommes également attentifs à développer une culture digitale parmi l'ensemble de nos équipes. Récemment, nous avons organisé des Digital Days, deux jours pour expliquer à nos collaborateurs les projets digitaux de la maison, mais également les sensibiliser à la cybersécurité, à la fraude au Président et au phishing. Nous pratiquons aussi de plus en plus des hackatons. Mi-juin, une équipe constituée de personnes venant de pays différents et ayant des compétences variées s'est réunie à Paris pour travailler ensemble sur notre  offre de caution. La semaine suivante, une autre équipe a travaillé sur notre prochain  portail client.

CIO : Vous êtes un groupe très international, avez-vous une approche groupe de l'IT ?

Ludovic Sénécaut : Nous avons une approche globale, qui est ensuite déclinée en prenant en compte les spécificités locales. Le comportement de nos  clients n'étant pas le même dans tous les pays du monde,  on ne peut pas imposer une solution unique. De la même manière, les données disponibles sur les entreprises ne sont pas les mêmes dans tous les pays. Nos approches Big Data et les algorithmes que l'on développe sont donc adaptés à chaque marché.

CIO : Comment une entreprise comme la vôtre travaille-t-elle avec des start-ups ?

Ludovic Sénécaut : Notre agence digitale est en premier lieu un laboratoire d'idées qui échange beaucoup et très facilement avec des start-ups à travers le monde. Nous travaillons actuellement avec une quarantaine de start-ups. Les gens se montrent très ouverts, beaucoup d'idées émergent, il faut trouver la bonne, celle qui sera pertinente, ce n'est pas toujours évident. Pour notre part, nous voulons travailler avec beaucoup de monde, nous pensons avoir des atouts à offrir aux start-ups, en particulier les informations dont nous disposons ainsi que nos réseaux commerciaux.
Ensuite, après avoir testé les idées les plus prometteuses, notre modèle nous permet de les développer, soit en interne, sous la forme d'une start-up autonome, soit de nous associer avec un fond de private equity.

CIO : Vous parlez d'Hadoop ou de Slack facilement, comment êtes-vous arrivés à l'IT, pourquoi en tant que dg suivez-vous ce sujet au plus près ?

Ludovic Sénécaut : Je suis à ce poste depuis un an, avant  j'étais côté business, de 2010 à 2012 comme directeur général   France, de 2013 à 2016 toujours comme directeur général mais pour l'Europe du nord, une zone regroupant une quinzaine de pays. J'ai eu des contacts répétés avec le monde des start-ups, notamment à Londres. J'ai pu mesurer au cours de cette période, les attentes fortes de nos clients et de nos équipes vis-à-vis de l'informatique et de l'évolution digitale. J'ai notamment mis en place en Europe du nord, dans chacun de nos pays, des digital circles, rassemblant des employés de tout horizon mais qui possédaient en commun un fort attrait pour le digital et une volonté de transformer l'entreprise.
La révolution digitale qui a finalement touché notre industrie crée de formidables opportunités pour qui est prêt à les saisir. Elle transforme nos échanges avec nos clients, mais elle bouleverse également notre façon de travailler en interne. L'informatique était un bastion, fonctionnait en silo, il a fallu la mener hors de ses murs. Le développement de solutions digitales, et la méthode dite Agile de les élaborer, a rapproché les équipes techniques et business. Ca a créé de multiples points de contacts et d'échanger entre ces deux mondes, à l'image des APIs que l'on développe pour nos systèmes. »



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