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Les premiers data spaces du hub Gaia-X France sur la piste d'envol

Les premiers data spaces du hub Gaia-X France sur la piste d'envol
Dominique Epardeau, secrétaire générale d'Eona-X, Martine Gouriet, directrice transformation numérique, usages et innovation d'EDF, membre du board Gaia-X, et Marine de Sury, directrice de mission hub Gaia-X au Cigref.

Même si certains attendent encore l'instruction de leur dossier à la BPI, les data spaces du hub France de Gaia-X se sont mis au travail. À l'occasion de la plénière 2025, l'association a fait un point sur ceux touchant le nucléaire, l'aéronautique, la mobilité et les médias, entre autres.

PublicitéLe hub Gaia-X France a tenu sa plénière le 24 mars 2025 au coeur de Bercy (ministère de l'Économie et des Finances et de la Souveraineté industrielle et numérique). La représentation française de l'association européenne pour des espaces de data souverains et sécurisés est désormais coordonnée à la fois par le Cigref et l'Institut Mines Télécom (12 écoles), afin de concrétiser en particulier les différents projets de data spaces. « Nous avons passé le relais à l'Institut Mines Telecoms, pour des questions de pragmatisme, d'agilité, de simplicité afin d'accompagner concrètement les entreprises, a déclaré en ouverture de la journée, Emmanuel Sardet, président du Cigref, DSI adjoint et CTO du groupe Crédit Agricole. Il s'agit de passer du think tank au do tank ».

Un do tank, a ajouté le président du Cigref, qui doit « s'adapter aux ruptures, et tout particulièrement aux ruptures géopolitiques » de plus en plus importantes et sources de risques. Mais ce sujet, et en particulier les bouleversements outre-Atlantique et leurs potentielles conséquences sur la souveraineté du cloud et des data européennes, n'ont été évoqués que du bout des lèvres durant une plénière plutôt consensuelle et pratique.

Martine Gouriet, directrice de la transformation digitale, des usages et de l'innovation chez EDF et membre du comité de direction de Gaia-X, a cependant tenu à mettre quelques points sur les i, estimant pour commencer qu'il ne fallait pas confondre Gaia-X avec un cloud souverain, même si les standards qui y sont créés peuvent « aider ». Elle a aussi réfuté la qualification d'« espèce de machin européen » parfois employée pour désigner l'initiative, estimant que loin d'être abstraite, celle-ci visait vraiment à « créer des espaces de data pour l'industrie, dont nous avons vraiment besoin ». Enfin, elle a contesté l'infiltration de Gaia-X par les Gafam. « Le point important, c'est qu'aucun [d'entre eux] n'est présent au board », a-t-elle insisté, avant d'ajouter qu'il ne fallait cependant pas que seuls les habitués du lobbying à Bruxelles - comprendre les mêmes Gafam - soient actifs dans l'association. Un appel renouvelé à ce que les organisations membres de Gaia-X soient plus présentes.

118 data spaces en développement

Pour faire taire les critiques, la plénière a donc fait la part belle aux programmes de data spaces, que les représentants du hub s'attellent à pérenniser. Ils veillent aussi à ce qu'ils soient financés et dotés d'une gouvernance efficace, et qu'ils diffusent les principes de Gaia-X dans d'autres domaines ou activités. Environ 118 dataspaces sont au moins en développement, mais ils sont en effet loin de couvrir tout le spectre de l'activité économique. Beaucoup sont fondés par l'Union européenne ou un membre fondateur comme la France, l'Espagne ou l'Allemagne.

PublicitéDeux espaces « phares », (lighthouse data spaces, avec un engagement exemplaire de se conformer aux règles édictées dans Gaia-X ) ont été lancés, sortes de super data spaces transverses. Catena-X connecte depuis un an et demi une centaine d'entreprises du secteur automobile et Pontus-X s'appuie à la fois sur Gaia-X et les smart contracts pour favoriser la collaboration autour de la data et la monétisation de projets entre différents secteurs et domaines, ainsi que la conformité aux règlements européens en la matière. Une vingtaine d'autres lighthouses sont dans les cartons de Gaia-X.

Eona-X testé aux JOP de Paris 2024

Parmi les data spaces les plus avancés, l'espace data mobilité, transport et tourisme Eona-X (Air France, Renault, SNCF, Amadeus, ADP, etc.). Il a même pu être très concrètement éprouvé à l'occasion des JOP de Paris 2024, pour la gestion du trajet des 60 000 délégués entre l'aéroport et leur logement. « Le plus difficile a été, comme souvent, de convaincre les différentes parties prenantes de partager leurs données, a raconté Dominique Epardeau, secrétaire générale d'Eona-X. Au-delà de cela, nous travaillons sur la mise à l'échelle avec des agents d'IA pour proposer des services aux voyageurs dans le tourisme et la logistique ».

Le nucléaire a également son data space car, comme l'a rappelé Martine Gouriet d'EDF, « ce secteur représente 2500 entreprises et 1,1 million d'emplois en Europe ». Et parmi ces entreprises, de nombreux prestataires externes et des filiales d'EDF, avec qui il faut partager des data avec des niveaux de confidentialité variés allant jusqu'au plus haut niveau. Les besoins de mise en commun souveraine et sécurisée des data sont donc pléthore. Mais, comme l'a précisé Martine Gouriet, le programme se concentre dans un premier temps sur trois projets autour de la maintenance des centrales en place, de la construction des EPR et de la gestion des déchets. Pour piloter le data space nucléaire, EDF vient également de recruter, en janvier 2025, Anne-Sophie Taillandier, jusque-là directrice de la plateforme data et IA TeraLab de l'IMT, impliquée dans Gaia-X depuis ses débuts. Le dossier du data space nucléaire est toujours en cours d'instruction à la BPI.

Partage de la data pour intégrer l'économie circulaire

Du côté de l'aéronautique et du spatial, le data space Decade-X dispose d'une première version qui sera mise en service sur un périmètre restreint dès avril 2025 (le programme s'est appuyé sur la plateforme Air Supply de Boost Aerospace, créée il y a 14 ans). Après deux ans, 90 cas d'usage ont été identifiés. « Pour que cela fonctionne, pour livrer des avions conformes et sûrs, tous les acteurs de la filière doivent embarquer », insiste Philippe Grosbois, directeur de programme digital et supply chain chez Airbus, pilote de Decade-X. Le programme vise la traçabilité de la supply chain ou encore l'intégration dans celle-ci de l'économie circulaire. « Nous consommons 40% de la production de titane, poursuit par exemple Philippe Grosbois. Pour faire face à tous les enjeux environnementaux associés, il est important de s'appuyer sur la réutilisation de ce métal ».

Autre enjeu : l'IA, censée soutenir la croissance potentielle du secteur et qui exige une data fiable. « Le data space doit répondre aux enjeux de partage de data et de collaboration dans la filière, de respect de la souveraineté des acteurs, d'interopérabilité sémantique, et de réduction de la barrière à l'entrée pour les TPE et PME ». Enfin, après avoir travaillé sur la gouvernance, Decade-X veut créer une entreprise pour prendre en charge certaines risques et équilibrer les coûts. Il cherche aussi une approche de déploiement, de distribution et de mesure permanente du cash flow avant de passer à grande échelle.

Les médias dans le bac à sable de l'IMT

En novembre 2024, l'Union Européenne de Radio-Télévision (UER), association de 112 médias de service public, a présenté les premiers résultats concrets de son programme de data space médias Tems (Trusted European Media data Space), lancé un an avant avec 42 organisations dans 12 pays. Les cas d'usage principaux concernent la publicité, la télévision, les jeux et les médias sociaux, avec des objectifs sur les business models et les data très différents, comme l'a expliqué Véronique Demilly, déléguée aux collaborations extérieures de la DSI de France Télévisions et membre du board stratégique de Tems.

Mais ces usages ont malgré tout un point commun : « ils créent et distribuent des contenus, et ont de grands volumes de data à gérer ». Pour se lancer concrètement, les équipes de Tems se sont appuyées sur la Data Space Lab (DSL) de l'IMT. « Nous voulions y voir clair dans l'écosystème des data spaces pour commencer, poursuit Véronique Demilly. Et pour ce faire, nous avons eu accès au bac à sable du DSL. Cela nous a permis de comprendre certains éléments, comme des configurations réseau très techniques, nous mettant en position de monter une 1re démonstration pour l'AG des projets Tems en quelques semaines ».

D'autres dataspaces Gaia-X progressent également, comme Prometheus-X destiné à créer les composants nécessaires pour lancer un data space, comme le catalogue de services ou la description de cas d'usage. Prometheus-X compte en effet 6 projets déjà opérables avec un même framework Open Source pour l'agriculture, les services IA, aéronautique, etc.
Enfin, si les intervenants ont assuré que les PoC de Gaia-X avaient permis d'en démontrer le bon fonctionnement, des problèmes d'interopérabilité ou de décentralisation persistent, par exemple. Ulrich Ahle, DG de Gaia-X, a rappelé durant la plénière qu'il était ainsi indispensable de réduire l'écart entre les écosystèmes data et les écosystèmes d'infrastructure pour obtenir des espaces de données sous-jacents de services de cloud de confiance, avec des fournisseurs conformes aux standards Gaia X.

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