Stratégie

Les DSI ajustent leurs priorités budgétaires face à la perspective économique changeante

Les DSI ajustent leurs priorités budgétaires face à la perspective économique changeante
Ken Piddington, vice-président et DSI du groupe US Silica : « Le comex ne veut pas entendre que nous sommes enfermés dans un contrat et que nous ne pouvons pas en bouger. »

Malgré l'incertitude économique, les budgets informatiques resteront probablement stables au cours des deux prochaines années. Toutefois, la plupart des DSI orientent les investissements vers quelques domaines clés, tels la sécurité, l'analyse, l'automatisation, le cloud et les talents IT.

PublicitéLa planification budgétaire en période d'incertitude économique ne sera jamais l'exercice préféré des DSI. Mais les dix-huit prochains mois ne s'annoncent pas aussi difficiles que certains pourraient le craindre. Pour la plupart, les budgets se maintiennent ou connaissent une augmentation à un chiffre, avec la poursuite des investissements dans la sécurité, l'analyse et le cloud, entre autres domaines.

Le cabinet d'études Gartner prévoit que les dépenses IT en 2023 augmenteront de 5,1 % par rapport à cette année. « Nous n'avons pas changé nos prévisions depuis trois trimestres », indique John-David Lovelock, analyste et vice-président de la société, notant que le produit intérieur brut (PIB) américain est, techniquement, déjà entré en récession, et ce depuis six mois. Celui-ci prédit un ralentissement continu du PIB au cours des trois prochaines années, avec un effet minime, voire nul, sur les dépenses informatiques. De son côté, le cabinet IDC prévoit une fourchette plus fluctuante pour les budgets technologiques en raison de la volatilité du marché, de la force du dollar américain, des taux d'inflation et d'une croissance mondiale toujours ralentie en raison du ralentissement économique de la Chine et d'autres pays clés. Si les conditions économiques restent relativement stables, les dépenses IT augmenteront entre 5 % et 6 % l'année prochaine, estime Stephen Minton, vice-président d'IDC. Il convient avec John-David Lovelock qu'il faudrait une récession mondiale majeure et soutenue pour y mettre un frein. Même dans une telle éventualité, selon Stephen Minton, les dépenses informatiques continueraient de croître, avec une hausse qui sera alors probablement limitée aux environs de 3%.

La sécurité en tête de liste

Selon l'enquête State of the CIO de cette année, la cybersécurité et la gestion des risques sont les principaux domaines d'investissement pour 45 % des décideurs IT interrogés. C'est assurément le cas dans le groupe Illinois Tool Works (ITW), une entreprise industrielle spécialisée dans les outils et matériels professionnels, basée à Chicago et qui réalise un chiffre d'affaires de 14,5 Md$. « ITW est un groupe décentralisé », explique Ron Mathis, directeur des opérations informatiques de l'entreprise, et ses centaines d'entreprises affiliées sont traitées comme des organisations entrepreneuriales avec leurs propres priorités et responsabilités. Mais au niveau du groupe, la cybersécurité est la priorité absolue, « et de loin », selon le directeur, et c'est le premier domaine d'investissement depuis qu'il est chez ITW. Ses équipes passent une « partie importante de leur temps à protéger les actifs de l'entreprise », relate Ron Mathis, et elles mettent également à jour les logiciels intégrés du groupe ITW.

PublicitéLa sécurité est également essentielle pour Eduardo Ruiz, DSI de l'Association des écoles et des programmes de santé publique à Washington. « Nous dépensons beaucoup plus pour la sécurité, affirme-t-il. Au fil des ans, nous avons compté sur le fait d'être sous le radar pour justifier de ne pas avoir à dépenser autant, mais nous ne pouvons plus le faire. » Il existe de plus en plus d'attaques automatisées, de plus en plus sophistiquées, et chez lui la protection des terminaux, les systèmes d'authentification unifiée et la formation des employés sont tous des domaines où les dépenses vont croissantes.

De nombreux dirigeants IT se rendent compte que leur surface d'attaque est « trop grande », pointe John-David Lovelock de Gartner. Entre les travailleurs indépendants, les applications cloud, l'externalisation et les plates-formes spécifiques à un secteur, la façon dont ils « sécurisent cette dynamique massive est en train de changer. Ils ne peuvent pas garder une longueur d'avance en utilisant des approches de sécurité traditionnelles. » Et même si de nombreuses entreprises ont déjà réalisé d'importants investissements dans la sécurité à la suite du Covid, le travail à distance nécessitant de nouvelles tactiques, la sécurité devient désormais à la fois plus profonde et plus large. Près de trois DSI sur cinq (57 %) qui ont indiqué une augmentation de budget cette année ont cité le besoin d'améliorer la sécurité comme la principale motivation de cette hausse des dépenses, selon l'enquête State of the CIO.

Le cloud continue de dominer

Les migrations vers le cloud se poursuivent, avec 22 % des répondants à l'enquête CIO qui placent le cloud en tête de leurs priorités en termes de dépenses. Selon les analystes, la hausse des budgets consacrés au cloud s'expliquent en partie par le fait que les fournisseurs de cloud répercutent sur les clients certaines augmentations de prix, qu'ils justifient par le besoin de continuer à mettre à niveau leurs datacenters et à payer leurs employés. Le coût des services liés au cloud a ainsi augmenté de 5 à 7 % cette année par rapport à l'année dernière, selon IDC.

Une autre partie de la croissance attendue provient des nouveaux utilisateurs, car tout n'est pas encore sur le cloud. « Nous sommes loin du point de saturation », observe Stephen Minton d'IDC. Certains secteurs, y compris les services financiers, abordent les migrations vers le cloud très lentement en raison de la sensibilité des données concernées. « Nous nous attendons toujours à une croissance à deux chiffres » des dépenses liées au cloud, mais en même temps, l'équipement sur site ne disparaît pas complètement, bien que sa part diminue dans les dépenses informatiques globales, souligne l'analyste d'IDC. Certains logiciels renfermant des développements spécifiques nécessitent plus de temps pour migrer vers le cloud, tout comme les applications transfrontalières qui sont plus courantes en Europe qu'aux États-Unis, explique-t-il. De plus, « il est difficile d'éteindre un système cloud une fois que vous l'avez activé », ajoute Stephen Minton, et les entreprises continuent de passer des dépenses CapEx aux dépenses OpEx en raison de la bascule vers le cloud.

Megan Duty, vice-présidente de la technologie et de la livraison de projets pour l'assureur Puritan Life Insurance Company of America, basé à Scottsdale, en Arizona, explique que le cloud a été un objectif majeur pour son entreprise au cours des dernières années. Le maintien de ces systèmes représente la part du lion dans son budget, dit-elle, mais les nouvelles dépenses concernent les projets liés à la cybersécurité, à l'automatisation et à l'expérience client.

Les dépenses sur l'analytique, l'automatisation et l'expérience client augmentent

Environ 35 % des DSI ont désigné l'analytique comme une priorité absolue en matière de dépenses, et 27 % ont pointé vers les technologies d'expérience client. Pour Megan Duty de Puritan, cela signifie davantage de création et d'amélioration de portails clients, comme celui que l'entreprise a lancé pour son programme de plans de retraite Canvas. Un autre domaine d'investissement concerne les outils mis à la disposition des conseillers de vente.

Ken Piddington, vice-président et DSI du groupe spécialisé dans les matériaux minéraux US Silica à Katy, au Texas, explique que ses sujets clés sont « la vitesse et l'agilité », donc ses priorités vont à l'analyse et l'automatisation des données, qu'il considère comme des « mises de départ » pour aider tous les employés à faire leur travail plus efficacement et plus rapidement. « Nous voulons aider notre organisation à aller plus vite », et cela passe par le fait de permettre aux collaborateurs de concentrer leur intelligence sur les tâches qu'eux seuls peuvent faire. À ce jour, les projets incluant de la RPA (automatisation robotisée des processus) ont principalement eu lieu au sein de l'IT, mais le plan est d'étendre la technologie aux métiers, confie le DSI.

John-David Lovelock de Gartner indique que les efforts d'automatisation ont été en général davantage axés sur l'interne, pour permettre à des groupes - hors IT -, de devenir plus efficaces et d'augmenter leurs capacités sans ajouter de nouveaux employés. « Les entreprises ne veulent pas licencier, mais elles ne veulent pas non plus avoir à embaucher lorsqu'elles recommencent à croître », explique-t-il.

IDC s'attend à ce que le big data et l'analytique soient l'une des quatre plates-formes clés, avec le cloud, le mobile et les réseaux sociaux, qui stimuleront la croissance des dépenses IT traditionnelles au cours des cinq prochaines années. « Sur cette période, les économies de coûts générées par le cloud et l'automatisation se traduiront par davantage de dépenses détournées vers les nouvelles technologies » telles que l'IA, la robotique, la réalité augmentée et virtuelle et la blockchain, estime le cabinet d'études.

Faire face à l'inflation ou acheter moins avec plus

Ces derniers mois, les décideurs IT scrutent les prix plus que d'habitude et, dans certains cas, renégocient leurs contrats cloud à long terme pour se donner plus de flexibilité. « Le comité exécutif ne veut pas entendre parler du fait que nous sommes liés à un fournisseur et que nous ne pouvons pas bouger », explique Ken Piddington. Les vendeurs « veulent vous fidéliser, mais ils ne veulent jamais vous fidéliser en proposant des tarifs plus bas », ajoute-t-il, et des contrats à plus court terme peuvent les inciter à le faire. Pour une flexibilité maximale, John-David Lovelock suggère de diviser les contrats sur trois ou même cinq ans en périodes reconductibles de six mois.

Bien que les pénuries dans les chaînes d'approvisionnement et d'autres facteurs aient entraîné une augmentation des prix depuis deux ou trois ans maintenant, Stephen Minton d'IDC affirme que les acheteurs IT sont arrivés à saturation. « Il y a un recul maintenant », dit-il, et là où il y avait une tolérance vis-à-vis des augmentations de prix des fournisseurs, les décideurs IT indiquent désormais qu'ils ne peuvent tout simplement pas suivre le rythme et qu'ils doivent maintenir les budgets dans une fourchette étroite. Ken Piddington partage cet avis, affirmant que la situation oblige les DSI à « être plus intelligents » et à comprendre où se trouvent les opportunités au sein de chaque relation fournisseur pour « actionner les bons leviers ». Avoir de solides relations avec les fournisseurs, et pas seulement s'engager dans des accords transactionnels peut « vous donner plus de flexibilité » pour travailler avec eux sur les prix. John-David Lovelock renchérit, affirmant « qu'une relation à long terme vaut de l'or pour les fournisseurs cette année ».

De son côté, Megan Duty passe régulièrement ses coûts en revue. « Nous n'avons pas beaucoup de marges de manoeuvre, mais chaque trimestre, je regarde ce que nous devrons faire au cours du ou des deux prochains trimestres et je révise à l'avance. Nous examinons constamment les dépenses et nous nous assurons qu'elles apportent toutes de la valeur », explique-t-elle.

Payer davantage pour le travail IT

Un autre élément clé à budgétiser concerne le personnel IT. Parmi les DSI faisant état d'une augmentation du budget cette année, 48 % ont déclaré que cette augmentation était due à la nécessité d'investir dans de nouveaux talents et compétences. Malgré cela, environ 20% de tous les emplois informatiques sont ouverts ces jours-ci, avec une migration « massive » se produisant de l'informatique d'entreprise vers les fournisseurs de technologie, constate John-David Lovelock de Gartner. « Nous n'en voyons pas la fin avant plus de cinq ans. »

Ron Mathis d'ITW affirme que l'acquisition et la rétention des talents sont sa deuxième priorité budgétaire, juste derrière la sécurité. « C'est vraiment très difficile en ce moment de trouver et retenir des talents, avec toute la réorganisation du travail qui a suivi la pandémie. » Il a perdu certains membres de son équipe, car ceux-ci avaient des propositions plus élevées, malgré des salaires qu'il estimait déjà « très compétitifs. »

Pour retenir les employés clés, les DSI doivent être préparés à des augmentations de salaire et à consentir des avantages sociaux, et ils doivent aussi devenir plus créatifs. Tout comme les DSI sont passés de la propriété et d'un contrôle direct de tout ce qui est lié à la technologie à un rôle davantage centré sur l'orchestration, la question des talents peut se résumer à un dilemme, explique John-David Lovelock : « avez-vous besoin d'avoir les compétences, ou simplement d'y avoir accès ». Pour lui, les prochains arbitrages sur le marché du travail consisteront à trouver une IA, plutôt qu'un nouveau pays pour le nearshoring ou l'externalisation. Dans l'immédiat, estime John-David Lovelock, les enjeux budgétaires seront, sinon complètement stables, du moins gérables. Concentrez-vous sur la gestion des risques, conseille-t-il, et « faites un peu confiance à votre directeur financier et à votre PDG. Ils reconnaissent la valeur que vous apportez, et les budgets IT ne seront pas affectés de la même manière qu'en 2009 et 2001. »

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