Jean-Christophe Labarre (Groupe Renault) : « nous avons l'impression que la Blockchain est une révolution aussi importante que TCP/IP »


Défis technologiques au service du business, du Digital à la Blockchain
Directeur général en charge du digital de l'ensemble du groupe BPCE, Yves Tyrode a bien résumé la situation : « le digital c'est simple : ce sont des usages et de la technologie ». Du Digital, donc, à la Blockchain, les défis technologiques n'ont de sens que par les avancées business qu'ils...
DécouvrirJean-Christophe Labarre, Directeur du département Innovation et Partenariats de RCI Bank and Services, filiale du Groupe Renault, expérimente la blockchain depuis deux ans. Un carnet d'entretien des véhicules utilisant cette technologie est actuellement testé pour le compte du Groupe Renault (avec Microsoft et Viseo) et pourrait bouleverser le marché de l'occasion. Mais les conditionnels pourraient vite se transformer en désillusions. Jean-Christophe Labarre décrypte ici les enjeux d'une possible révolution... ou d'une bulle technologique spéculative.
PublicitéCIO : Vous menez actuellement une expérimentation d'usage de la blockchain pour les carnets d'entretien des véhicules pour le compte du Groupe Renault. Pourquoi est-ce RCI Bank and Services qui se charge du projet ?
Jean-Christophe Labarre : RCI Bank and Services est spécialisé dans le financement automobile depuis plus de 90 ans, aujourd'hui pour accompagner le développement commercial des marques de l'Alliance Renault-Nissan et de leurs réseaux de distributeurs. L'ambition de nos 3 100 collaborateurs, présents dans 36 pays (sans oublier des co-entreprises dans d'autres pays), est de faciliter l'accès à l'automobile des clients des marques de l'Alliance Renault-Nissan, en particulier en Europe, au Brésil et en Corée.
Depuis deux ans, RCI Bank and Services est porteur des sujets autour de la blockchain en tant qu'experts pour l'ensemble du groupe. Nous nous intéressons à tous les usages possibles de cette technologie, y compris pour le compte des constructeurs automobiles du groupe. Pour ce faire, nous travaillons avec les équipes de chaque constructeur et RCI Bank and Services a réalisé un démonstrateur. Il existe ainsi un groupe de travail informel transverse.
Pour le compte du Groupe Renault, nous expérimentons un passeport d'entretien sur la base de technologies Microsoft avec le protocole Ethereum de contrats intelligents, intégrés par Viseo.
CIO : Quelle est l'utilité d'un tel passeport d'entretien en mode blockchain ? Pourquoi utilisez-vous, d'ailleurs, ce terme de passeport plutôt que le banal carnet d'entretien ?
Jean-Christophe Labarre : Il s'agit de créer de la confiance dans une chaîne qui va de l'amont à l'aval de l'achat d'un véhicule en intégrant aussi bien, par exemple, les assureurs que les garages. L'idée est de disposer d'un relevé de tout ce qui arrive à un véhicule durant son existence.
Le carnet d'entretien est donc beaucoup plus fermé que ce passeport d'entretien. L'objectif est de disposer d'une information précise et fiable sur tout ce qui est arrivé au véhicule, évidemment transférable à chaque acheteur au fil des ventes et des achats d'occasion. Chaque acheteur sait ainsi exactement quel est le kilométrage du véhicule, quels ont été les révisions et réparations faites, etc. L'usage de la blockchain rend infalsifiable ce journal d'événements.
CIO : Où en êtes-vous exactement ? Envisagez-vous un déploiement ?
Jean-Christophe Labarre : Pour l'instant, le Groupe Renault en est au démonstrateur. C'est d'ailleurs une règle générale pour les sujets autour la blockchain : c'est l'heure des POC, des démonstrateurs. Avec toujours une question : qu'est-ce que, concrètement, la blockchain peut nous amener au delà du buzz ?
PublicitéCIO : Pensez-vous qu'il peut y avoir un véritable avenir à cette technologie ?
Jean-Christophe Labarre : Revenons un peu en arrière pour comprendre ce qui se passe actuellement. Au milieu des années 1990, la démocratisation du service intéressant les gens, le world wide web, a reposé sur une technologie, le protocole TCP/IP. Mais personne ne connaît ce dernier ! La blockchain est l'équivalent de TCP/IP.
En 2008, après le scandale de la faillite de Lehman Brothers, la blockchain a été inventée pour la crypto-monnaie nommée Bitcoin. Mais d'autres offres sont apparues. A chaque fois, l'objectif était de créer de la confiance entre gens qui ne se connaissaient pas. Ou entre concurrents, le cas échéant. Des consortiums se créent dans divers secteurs, par exemple la banque.
Aujourd'hui, nous avons l'impression que la Blockchain est une révolution aussi importante que TCP/IP. En Chine, le smart contrat en blockchain permet de déclencher automatiquement un remboursement d'assurés contre la pluie pour une entrée dans un parc d'attraction. Les assurés n'ont pas besoin de faire de demande, de déclaration de sinistre : il suffit à la météo de diffuser l'information de la pluie pour que tout se déclenche.
Article rédigé par

Bertrand Lemaire, Rédacteur en chef de CIO
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