Ingredia certifie la qualité de son lait via la blockchain


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DécouvrirIngredia, du groupe La Prospérité Fermière, a déployé la technologie blockchain de Connecting Food pour un premier usage, le lait UHT en bouteille. Les produits dérivés vont prochainement également bénéficier de la même traçabilité certifiée.
Publicité« Le monde des coopératives agricoles et celui des start-ups se rencontrent rarement » a constaté Sandrine Delory, DG de Prospérité Fermière / Ingredia, en présentant le projet monté avec Connecting Food, le 8 octobre 2019 à l'incubateur parisien Station F. Le lait « Prospérité », distribué en bouteilles classiques marquées par un QR code dynamique, se présente comme le premier au monde certifié via blockchain. Créée en 1949, Prospérité Fermière est une coopérative agricole regroupant 1600 éleveurs des Hauts de France et réalisant ainsi une collecte de lait de 410 millions de litres par an. Les 456 collaborateurs de Prospérité Fermière / Ingredia permettent de générer un chiffre d'affaires de 353 millions d'euros, dont 49 % à l'export. Le dixième de l'effectif est affecté à la recherche et développement. Au delà de la distribution de lait, Ingredia est le leader européen des dérivés du lait (crème, protéines, etc.) pour l'industrie agro-alimentaire, 3ème acteur mondial de la production de protéines natives de lait, leader mondial en développement de caséine micellaire native.
Un enjeu de Responsabilité Sociale et Environnementale
Le lait UHT [Ultra-Haute Température, pasteurisé pour une longue conservation, NDLR] « Prospérité » est distribué exclusivement en circuit court, donc dans la région des Hauts-de-France, pour une quantité prévue de 30 millions de litres par an. Eco-responsable, il respecte un cahier des charges précis : les vaches ont accès au pâturage un minimum de 170 jours par an, au moins avec une surface de 1500 m² par animal, l'hivernage devant se dérouler sur un lit de paille. De plus, les vaches sont nourries sans OGM. Dans un marché où le produit de base, le lait, est archi-banalisé, la différenciation ne peut venir que de la politique RSE (Responsabilité Sociale et Environnementale) et de l'innovation. Or le défi à relever est bien de garantir tous les éléments de la description. « L'enjeu du projet est d'assurer une transparence au fil de toute la chaîne de production alors qu'il existe une grande méfiance des consommateurs vis-à-vis des acteurs de l'industrie agro-alimentaire » a explicité Sandrine Delory.
Lors de la présentation de la solution, à Station F le 8 octobre 2019, de droite à gauche : Sandrine Delory (DG de Prospérité Fermière), Stefano Volpi (Directeur associé de Connecting Food), Julie Lemahieu (directrice marketing et développement d'Ingredia) et David Bojczuk (DSI de Ingredia).
Bien évidemment, le recours à la blockchain vise à enregistrer une certification infalsifiable des éléments du cahier des charges du lait Prospérité. L'idée initiale en revient au DSI du groupe, David Bojczuk. La solution finalement retenue a été celle de la start-up Connecting Food. Celle-ci avait déjà travaillé sur de la traçabilité simple du lait via blockchain pour une coopérative vendéenne. Avec Prospérité Fermière, la certification qualité est ajoutée au dispositif, via la solution baptisée « Live Audit ». Julie Lemahieu, directrice marketing et développement d'Ingredia, a précisé : « trois facteurs nous ont poussé à choisir Connecting Food. D'abord, elle connaît la filière agro-alimentaire, ses fondateurs provenant de grands groupes du secteur. Ensuite, elle s'appuie sur des experts issus des leaders mondiaux de l'informatique. Enfin, le Live Audit a été un élément essentiel. » Le projet a été mené en dix mois entre le premier contact et l'annonce publique. L'interopérabilité de la technologie n'a pas été citée mais, pour la suite, celle-ci sera sans doute importante comme nous allons le voir tout à l'heure.
PublicitéUn projet en dix mois pour certifier le respect du cahier des charges par tous les acteurs
Mais comment démontrer la qualité et le respect du cahier des charges ? « Avec des audits classiques sur site, ce n'est pas simple à coûts raisonnables car nous sommes sur un marché de fort volume mais à très faibles marges » a souligné Stefano Volpi, directeur associé de Connecting Food. Connecting Food se présenter comme une plate-forme de traçabilité et de transparence en temps réel avec un audit qualité digitalisé. Le « Live Audit » a été développé grâce à un partenariat avec le CEA. Si, grâce à la blockchain, les enregistrements du produit à chaque étape sont infalsifiables, ce sont les contrôles de cohérence et de validité des certifications qui vont constituer ce fameux « Live Audit ».
Julie Lemahieu, directrice marketing et développement d'Ingredia, et Stefano Volpi, directeur associé de Connecting Food, ont détaillé les raisons de leur collaboration.
Techniquement, Connecting Food utilise une blockchain Hyperledger Fabric de la Fondation Linux. Les noeuds sont distribués d'une part chez Connecting Food (avec des serveurs situés en Allemagne), d'autre part chez Ingredia ainsi qu'au sein d'ONG (non-révélées, même sur sollicitation directe de Connecting Food). La plupart des données de traçabilité pré-existaient au projet. Avec le recours à la blockchain, celles-ci sont simplement agrégées et rendues infalsifiables. Les données relatives à la nourriture des vaches sont extraites au sein même du SI des fournisseurs avec les quantités livrées à chaque ferme et, surtout, les certificats de qualité (sans OGM, etc.). Lorsque passe le camion de collecte de lait, le chauffeur saisit la quantité collectée sur une tablette munie d'une application dédiée. Enfin, en usine, chaque contenu de cuve (l'équivalent de 20 000 à 60 000 bouteilles) est ainsi identifié avec un code unique. Ce code permet donc de remonter aux fermes, donc jusqu'aux aliments fournis aux vaches.
La data au coeur de la certification qualité
La certification repose sur du contrôle de cohérence non seulement à un instant t mais aussi dans le temps. Une même ferme avec un même nombre de vaches ne peut pas avoir une trop forte variation de la quantité de lait. Avec une certaine quantité de nourriture, on nourrit un nombre déterminé de vaches. De la même façon, la certification opérée du confort des animaux est contrôlée ponctuellement mais attribuée pour une durée déterminée. Le contrôle « temps réel » est en fait un contrôle sur la cohérence des données, via des algorithmes d'intelligence artificielle qui remontent des alertes. Ces alertes peuvent déboucher sur un déclassement de la qualité du lait concerné. Si la fraude est rarissime, il peut arriver des erreurs et des négligences. Julie Lemahieu a confirmé : « oui, nous avons pu détecter avec cette solution des incidents liés à des certificats obsolètes. Le lot de lait a alors été redirigé vers une filière moins qualitative. »
La bouteille de lait comprend un QR Code dynamique spécifique à son lot et permettant de la tracer. [Cliquer pour agrandir]
Chaque lot de bouteilles de lait (de 20 000 à 60 000) se voit attribué un QR Code unique. Celui-ci est imprimé dynamiquement sur chaque bouteille. En le lisant, le QR Code permet de retrouver la date de collecte, la date de mise en bouteille, le contrôle des certificats (nourriture sans OGM...), les fermes d'où proviennent le lait du lot, etc. Ni Prospérité Fermière / Ingredia ni Connecting Food n'ont voulu préciser le modèle économique de la solution et le coût du projet. Il s'agit, il est vrai, d'une expérimentation sur environ le dixième du lait traité par la coopérative.
Quand le consommateur pourra tracer la totalité d'un biscuit...
L'enjeu, demain, sera de généraliser la technologie aux dérivés du lait incorporés dans d'autres produits par des industriels. Connecting Food travaille évidemment sur la traçabilité d'ingrédients tels que le blé ou le sucre. L'acheteur d'un paquet de biscuits pourra normalement, à terme, pouvoir tracer via blockchain la totalité du biscuit : le beurre, le sucre, la farine, etc. Mais aucune filière complète ne pourra jamais utiliser un seul prestataire. C'est la raison pour laquelle Connecting Food a développé des API pour garantir l'interopérabilité de sa technologie avec celle d'autres acteurs. Ingredia a déclaré que des annonces devraient avoir lieu début décembre sur l'extension de ses projets à base de blockchain.
Article rédigé par

Bertrand Lemaire, Rédacteur en chef de CIO
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