Extended Monaco : cloud souverain, 5G... pour la relance numérique de la Principauté

Frédéric Genta, Délégué Interministériel en charge de la transition numérique de la Principauté de Monaco, a présenté la part numérique du plan de relance voulu par le Prince Albert II. La principauté créé notamment un cloud souverain avec AWS et le Luxembourg et tire un bilan du déploiement de la 5G depuis un an.
PublicitéComme tous les pays développés du monde, la Principauté de Monaco a présenté un plan de relance pour faire redémarrer son économie après la crise sanitaire. Une part de ce plan, 20 millions d'euros, abondera en janvier 2021 le programme Extended Monaco lancé il y a un an et piloté par Frédéric Genta, Délégué Interministériel en charge de la transition numérique de la Principauté de Monaco. Celui-ci est à la fois politique, équivalent du secrétaire d'État français Cédric O, et administratif, comme Nadi Bou Hanna directeur de la DINUM française : cette confusion des rôles est le résultat de la taille de la principauté. Frédéric Genta rapporte ainsi directement au Ministre d'État (le chef du gouvernement de la Principauté).
Au final, même si les valeurs absolues peuvent sembler faible, la Principauté alloue un budget de 400 euros par habitant pour le numérique, ce qui est revendiqué comme l'un des plus hauts d'Europe. « Monaco veut être exemplaire dans le numérique, ce qui est un objectif fixé par le Prince » a insisté Frédéric Genta en présentant le plan de relance numérique. Le programme Extended Monaco concerne toute la principauté et vise à développer aussi bien la smart-city que l'e-santé, l'e-éducation, l'e-administration... et le numérique dans les entreprises implantées sur le territoire monégasque ou qui envisagent de s'y implanter. Extended Monaco vise autant la formation, l'équipement et l'accompagnement des entreprises monégasques ; le développement de services numériques locaux ; et enfin la création de tels services sur un cloud souverain comme de la visio-conférence sécurisée. Le développement du numérique représente entre 3,5 et 4 % du budget de la Principauté et 25 % du plan de relance. 200 personnes sont affectées directement à Extended Monaco.
Monaco Cloud : en collaboration avec AWS et le Luxembourg
Prévu pour 2021, un projet emblématique d'Extended Monaco est le cloud souverain Monaco Cloud, exploité au travers d'une société d'économie mixte 100 % monégasque où l'État Princier est majoritaire. Comme tous les Etats du monde, Monaco se retrouve en effet contraint de créer un cloud souverain. Monaco Cloud est destiné autant aux entreprises, qui bénéficieront d'un datacenter mutualisé dans un endroit où le prix du mètre-carré est particulièrement élevé, qu'aux administrations de la principauté. Mais la petite taille du territoire comme celle de la population amènent bien des contraintes particulières. Quand le territoire occupe une bande de 4 kilomètres sur un maximum de 1 kilomètre, éloigner deux datacenters souverains de 150 km pour garantir la résilience peut poser problème... Et les faibles ressources disponibles sont vite limitantes pour intégrer les complexes technologies d'un cloud.
Monaco a donc décidé de s'appuyer sur Amazon Web Services (AWS), au travers de son offre Outposts, pour créer un cloud souverain. Cette plate-forme a fait l'objet d'une certification sécurité par les autorités monégasques. Celui-ci sera bien interconnecté au cloud public mais bien isolé. Frédéric Genta a insisté : « nous avons opéré des tests de non-intrusion à partir du cloud public vers notre cloud souverain. De plus, si nous utilisons la technologie d'AWS, nous opérons nous-mêmes ce cloud sur nos propres machines hébergées dans nos locaux, évitant tout soucis en relation avec le Cloud Act. En nous adossant au leader mondial, nous bénéficions d'un service d'excellence rapidement mis en place. » Monaco Cloud pourra servir de modèle pour de futurs autres clouds souverains dans le monde, point qui ne peut qu'intéresser AWS. Et il innove aussi sur le plan juridique : un traité international a été signé avec le Luxembourg pour créer, dans un datacenter de cette autre principauté, une « e-ambassade ». La salle de datacenter ayant ce statut d'extra-territorialité bénéficiera de la même protection qu'une ambassade et permettra de répliquer le cloud souverain de Monaco. « Le Luxembourg est le seul pays à proposer cette possibilité » a relevé Frédéric Genta.
PublicitéLa 5G, un an après
A l'occasion de la présentation de ce Plan de Relance, Frédéric Genta est aussi revenu sur le déploiement de la 5G, depuis un an, sur tout le territoire de la Principauté, avec un niveau d'exposition inférieur à 6 Vm (la norme sanitaire est d'un maximum de 22 Vm). Ce déploiement a été opéré par une entreprise concessionnaire, Monaco Telecom. Celle-ci détient le monopole sur la téléphonie fixe, l'accès à Internet et à la télévision selon une convention de concession entre l'État et Monaco Telecom. La téléphonie mobile est par contre ouverte à la concurrence. La Principauté est toujours actionnaire (à 49%) de Monaco Telecom qui est cependant contrôlé (à 51%) par NJJ, une holding de Xavier Niel. L'opérateur contrôle également des acteurs télécoms dans plusieurs autres pays : Suisse, Irlande, Chypre, Malte... Si le vrai potentiel de la 5G est, selon Frédéric Genta, le développement de services B2B, la smart-city et l'IoT, un premier bilan a pu être tiré à partir des usages actuels.
A trafic similaire, la 5G permet des économies en énergie constatées de l'ordre de 40 %. S'il n'y a actuellement que quelques centaines d'abonnés 5G, le déploiement a séduit des entreprises, notamment hébergées dans l'incubateur de la principauté, MonacoTech. Les pompiers ont également apprécié la 5G pour le pilotage de leurs drones : à l'inverse de la 4G qui induit une forte latence, la 5G ne pose aucun soucis en intervention et permet de prioriser les flux des services d'urgence sur le streaming vidéo de loisir. Enfin, la Principauté a utilisé le réseau 5G pour connecter les bornes wi-fi équipant tous les abribus sans avoir à déployer partout de la fibre optique. Rapidement, la Principauté veut démonter le réseau 2G : la principale difficulté est de migrer les communications d'urgence des nombreux ascenseurs publics de Monaco. Un plan à ce sujet est en cours.
Article rédigé par

Bertrand Lemaire, Rédacteur en chef de CIO
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