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Bernard Duverneuil (Cigref) : « la réussite économique repose sur la réussite de la transformation numérique »

Bernard Duverneuil (Cigref) : « la réussite économique repose sur la réussite de la transformation numérique »
Bernard Duverneuil a été élu en octobre 2016 président du Cigref qui ambitionne d’aider à la transformation numérique des entreprises.

DSI d'Essilor, Bernard Duverneuil est devenu le 17 octobre 2016 le quinzième président du Cigref. Ce Club Informatique des Grandes Entreprises Françaises a l'ambition d'aider la transformation numérique de l'économie française. Bernard Duverneuil détaille pour nous les défis à relever pour les entreprises et pour les DSI.

PublicitéCIO : Pourquoi avez-vous souhaité devenir le quinzième président du Cigref ?

Bernard Duverneuil : Cela fait longtemps que je prends des responsabilités au sein du Cigref où j'étais déjà vice-président. Au sein de ce club, dès qu'on donne, on reçoit beaucoup plus en retour. Outre des échanges sur nos retours d'expérience, nous y trouvons en effet des expertises, le tout en totale transparence et indépendance vis-à-vis des fournisseurs comme de la pression médiatique. Nous pouvons de ce fait parler autant de nos réussites que de nos difficultés, des bonnes pratiques comme des écueils.
Le Cigref repose sur un triptyque appartenance, intelligence et influence. Mais le socle est bien l'appartenance. Nous sommes une communauté avec un objectif commun : « Réussir le Numérique » comme le mentionne notre slogan. On pourrait même dire : « réussir le numérique pour réussir l'économie » tant la réussite économique repose sur la réussite de la transformation numérique.



CIO : Si le positionnement rêvé du DSI est au contact direct de la direction générale, qu'en est-il réellement aujourd'hui ?

Bernard Duverneuil : C'est très variable selon les entreprises. Il y a eu des débats de la sorte sur les directeurs e-business il y a quinze ans, sur les CDO aujourd'hui. Ce qui est important, c'est que la fonction SI soit bien transverse à toutes les autres fonctions de l'entreprise. L'IT étant aussi une « direction métier », je n'aime pas opposer « DSI » d'un côté et « métier » de l'autre. Et cette fonction SI doit être intégrée aux réflexions stratégiques de chacun. Le DSI, pour sa part, est responsable de l'architecture, de la sécurité et de l'intégrité du SI.
Si le DSI se doit donc de contribuer à la réflexion stratégique, sa position, son rattachement dépendent de l'organisation de l'entreprise elle-même. Il doit être pro-actif afin de comprendre comment les technologies doivent être utilisées pour développer de nouveaux services et de nouveaux business models mais aussi pour accroître l'efficience opérationnelle.



CIO : Et concernant l'innovation, quelle est la mission du DSI ?

Bernard Duverneuil : Au minimum, il lui faut l'accompagner. Mais le DSI doit être pro-actif, force de proposition, même si, seul, on ne fait rien. La R&D, le marketing et la DSI principalement apportent chacun de nouveaux services mais le rôle du DSI est, en la matière, de plus en plus significatif.

Publicité« Le Cigref attend un New Deal avec les fournisseurs »

CIO : Parmi les difficultés concrètes du DSI, il y a les fournisseurs. Où en est-on à ce sujet et quelles sont les préconisations du Cigref ?

Bernard Duverneuil : Le Cigref a une position claire, formulée dans le programme Cigref 2020 : nous attendons un New Deal avec les fournisseurs. Il nous faut établir (ou rétablir) des relations de confiance avec transparence du prix et de ce que l'on achète dans la durée. Il est tout simplement inacceptable de devoir renégocier la maintenance d'un produit trois ou cinq ans après l'achat. Les règles du jeu doivent être claires et stables.
Une remise à zéro du modèle a eu lieu avec l'arrivée du cloud. Mais on revient parfois dans des discussions surprenantes voire surréalistes ou choquantes. C'est vrai historiquement sur le logiciel mais ça l'est aussi sur les services ou le matériel. Les pratiques sont parfois perçues comme inacceptables.

« Avec les fournisseurs, les règles du jeu doivent être claires et stables. »

CIO : Les DSI n'ont-ils pas une lourde responsabilité dans la situation en ayant déployé des technologies captives, propriétaires, au dépend de standards ouverts, notamment open-source ?

Bernard Duverneuil : L'open-source est en effet une manière de rétablir l'équilibre. Nous avons certes une responsabilité dans le choix du déploiement de solutions harmonisées à large échelle. En théorie, il reste toujours possible de changer de système mais, en pratiquen le coût d'un changement est trop élevé pour une organisation.
Avec le cloud et l'open-source, on peut repartir sur des solutions maisons pour le coeur de métier et n'adopter les progiciels du marché que pour le back office sans valeur ajoutée propre. Investir dans le coeur de métier pour disposer d'un différenciateur est en effet pertinent.
La vraie difficulté est de limiter l'adhérence aux progiciels du back office. C'est bien sûr absolument contraire aux intérêts des éditeurs pour qui il est préférable de fournir tous les produits d'une suite complète et intégrée.



CIO : Le Cigref s'est aussi penché sur le Collaborateur 2020. Qui est-il ?

Bernard Duverneuil : Le sujet a deux aspects : le collaborateur IT de la DSI et l'ensemble des collaborateurs de l'entreprise. Le collaborateur IT va devoir apprendre et adopter de nouveaux métiers. L'ensemble des collaborateurs doivent être à l'aise dans la stratégique numérique appliquée à leur fonction, maîtriser les potentialités du numérique, c'est à dire bien au delà de l'utilisation d'un smartphone.
Comme le Cigref l'a dit depuis plusieurs années, la transformation numérique est avant tout une transformation culturelle.



CIO : Et dans tout cela, quel est le rôle du Cigref et, concernant votre propre mandat, quel est votre ambition en tant que président ?

Bernard Duverneuil : Notre vision, c'est que la réussite économique repose sur la réussite de la transformation numérique. C'est vrai autant pour les entreprises que pour les administrations. Notre ambition est donc d'être reconnu comme contributeur à la réussite des entreprises dans le numérique, ce qui implique de développer la capacité à intégrer (mettre en oeuvre) et maîtriser (contrôler, faire fonctionner et sécuriser) le numérique.
Et nous nous intéressons aussi aux grands sujets du futur : l'intelligence artificielle, la philosophie des technologies... Nous avons mis en place un Cercle qui se réunit en général au cours d'un dîner avec un intervenant philosophe ou sociologue. Nous devons en effet avoir du recul sur l'actualité, réfléchir sur l'impact des technologies sur l'entreprise ou la société car le DSI a une responsabilité dans le choix et le déploiement de ces technologies.

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