Henri Verdier prend en main la numérisation de l'Etat


Expérience Client : mettre l'IT au service du client final de l'entreprise
Le monde change et, avec lui, les comportements des consommateurs évoluent. Ubiquité, sociabilité, instantanéité, omnicanalité... Tous ces concepts impliquent des défis pour les DSI.Car l'entreprise qui se veut véritablement « centrée client » n'a pas le choix : son SI doit lui aussi être « centré...
DécouvrirL'Etat unifie ses structures dans le numérique afin de mieux se moderniser, il s'ouvre aux notions, d'agilité, d'open data et favorise même ses propres start-ups, explique le nouveau directeur de la Dinsic, Henri Verdier. Le tout facilite la relation avec les usagers et augmente le service citoyen.
PublicitéHenri Verdier est depuis des années un acteur important du numérique français, créateur de start-ups, cadre du privé, auteur du livre « L'âge de la multitude », il a aussi évolué dans un grand groupe du CAC 40, Lagardère Active, avant de rejoindre les services de l'Etat, toujours dans le numérique. Il commence par diriger Etalab, l'organisme destiné à ouvrir les données publiques, avant de devenir il y a six mois la Dinsic (Direction interministérielle du numérique et du système d'information et de communication). Ce qui mérite quelques explications et un peu d'humour, « nous n'avons pas encore de directeur marketing » note Henri Verdier en ouvrant son témoignage lors de la Matinée Stratégique CIO Expérience Client : l'IT au service du client final de l'entreprise du 26 janvier 2016. Cette absence explique peut-être la profusion de sigles...
D'abord, le sigle, avec Henri Verdier nous sommes en présence du Directeur interministériel du numérique et du système d'information et de communication (Dinsic) de l'État. Il incarne le numérique au sommet de l'Etat en succédant à Jacques Marzin. Enfin, presque. Pour être précis, et le début de la conférence l'était, la DINSIC absorbe la Disic, Etalab, le RIE (Réseau interministériel de l'Etat). Et Henri Verdier est, par ses fonctions, adjoint à la secrétaire générale pour la modernisation de l'action publique (Sgmap). Le fait d'appartenir au Sgmap et d'être inclus dans la modernisation de l'Etat montre bien l'objectif assigné au numérique.
DSI et CDO
Nous n'en avons pas fini avec les présentations, mais elles ont leur signification. Henri Verdier est dans le même temps, administrateur général des données, une fonction qui lui a été attribuée en 2014, parallèlement à celles exercées à la tête d'Etalab. Il est un peu le DSI et le CDO, chief data officer, de l'Etat. Celui qui coordonne avec des objectifs qui sont ceux de l'Etat, mais une approche qui n'appartient qu'à lui, ce que la conférence CIO a permis de bien relever.
Premier point à identifier, la DINSIC fait figure de DSI groupe de l'Etat. Elle a un vrai projet, la transformation numérique de l'Etat, ce qui demande à la fois la maîtrise de l'informatique, celle des coûts, inventer de nouvelles infrastructures, mettre l'accent sur la capacité d'innovation. Ce qui peut aller loin, demande par exemple de maîtriser les méthodes agiles, la data et le « driven data ». Remarquons au passage qu'Etalab existe toujours, mais cette fois à l'intérieur de la Dinsic.
L'Etat se transforme, à travers les actions du numérique, le RIE et le Sgmap jouent leur rôle, on se connaît, on travaille ensemble, on unifie les efforts de la Dinsic, du Sgap, d'Etalab. Des actions illustrent cette approche. Un hackaton s'est par exemple monté avec la police judiciaire à l'Ecole 42 ! En plus de l'intérêt en termes de développements informatiques, c'est effectivement l'occasion de voir ensemble des milieux pour le moins différents.
PublicitéLa donnée d'abord
Henri Verdier étant aussi administrateur général des données de l'Etat, une fonction toute nouvelle, il va prendre ou susciter des décisions fondées sur la donnée, faire des feedback et du data mining. Mais pour prendre des décisions sur la donnée il faut savoir la générer, c'est justement l'objet du 1er rapport annuel sur la gestion de la donnée par l'Etat, rapport paru mi-janvier. La donnée va s'intégrer dans les autres actions de l'Etat en matière de numérique. La Dinsic fonctionnant comme une direction unifiée.
Tout cela pourrait-t-il exploser, demande l'animateur ? Certes, des freins existent répond Henri Verdier, on ne connait pas nos données, on peut perdre la main en sous-traitant à outrance ou en se jetant à la figure la CNIL, ou le secret fiscal et celui des affaires. « Je suis fier d'être dans un pays où beaucoup de règles existent, j'ai répondu à un lobbyiste de Google, qu'il faut arrêter de se dire que toutes les données sont à caractère personnel ».
La digitalisation de l'Etat dont se charge la Dinsic va se faire autour de « l'Etat plateforme ».
Pour unifier le SI de l'Etat, on en fait un seul, mais à base d'architectures APIs. « C'est aussi une philosophie de l'action publique, une manière d'agir, nées dans l'Internet ». Il y a un an le législateur a eu une idée bizarre, il faut faire une géolocalisation des taxis, pour résister à Uber. Aujourd'hui, l'Etat est en phase de test sur ce projet, deux développeurs en six mois seulement, ont réalisé une app à Montpelier, c'est devenu un service. On peut imaginer aller plus loin, Pages Jaunes pourrait mettre des boutons, afin de rendre le service plus accessible. L'essentiel est là, l'Etat est capable de mobiliser des développeurs, d'investir d'innover, libre ensuite à des entreprises de poursuivre le projet.
Simplifier les démarches
L'Etat plateforme est un exemple des capacités d'entraînement de l'Etat dans le numérique, France Connect agit directement sur les services aux citoyens. « Je commence par un exemple très simple, note Henri Verdier, si vous prenez une carte de résident, il faudra prouver que vous êtes bien résident à Paris, fournir une feuille d'impôts, et une carte de la CNAF. Bientôt, il faudra simplement dire que vous êtes résident, et autoriser les impôts et la CNAF à fournir les documents demandés ». Donc on évite deux démarches, la DINSIC n'a pas refait une identité, « on n'est pas fou », mais deux partenaires La Postes et la DGFiP (les impôts), ont collaboré, d'autres pourraient suivre, comme des starts-ups.
N'oublions pas au passage que l'Etat a désormais ses start-ups. La culture start-ups est encore difficile, mais l'Etat introduit des méthodes agiles dans son propre fonctionnement. Des produits se développent très rapidement, les marchés publics se simplifient, vous envoyez juste un SIRET. Le numérique change l'Etat et celui-ci devrait changer d'image.
Titillé sur ce sujet, Henri Verdier se défend vigoureusement. « L'image est trompeuse, moi j'ai bossé dans le privé, une grande boîte du CAC 40 et j'ai créé 3 start-ups, l'administration n'est pas plus mal barrée que le privé. Peut-être que les règles de management sont lourdes, mais on travaille pour l'intérêt général, les agents publics sont incroyablement engagés, des jeunes rejoignent l'administration d'Etat tout simplement par idéalisme. Quand on travaille pour le Samu, c'est une question de vie ou de mort. L'Etat a ses cartes à jouer ».
« Le numérique dévore le monde et partout où il passe, il crée de l'optimisation donc de plus en plus d'informatique pour un service de plus en plus performant et de moins en moins cher. Est-ce que notre informatique coute trop cher ? Oui ! Mais c'est pareil dans les grandes entreprises. On ne fait plus de grands projets à 6/7 ans, terminés les Louvois et autres ONP. Il faudra acclimater tout ce qui est agile et s'ouvrir».
Article rédigé par

Didier Barathon, Journaliste
Commentaire
INFORMATION
Vous devez être connecté à votre compte CIO pour poster un commentaire.
Cliquez ici pour vous connecter
Pas encore inscrit ? s'inscrire